Europe
Des Alpes aux Carpates
Août-septembre 2008
Gap - Dolomites - Triglav - Balaton - Maramures - Danube - Bucarest

Introduction

La chaleur estivale de cette fin de mois d'août me pousse avec entrain vers de nouvelles frontières dont je saisi à peine l'ampleur du haut de mes 18 ans. A l'autre extrémité de l'Europe, les Carpates, les montagnes de Dracula, me paraissent si mystérieuses.
Mon premier grand voyage en solitaire à travers 8 pays européens. Le début d'une longue série.

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Des Alpes aux Carpates
Traversée européenne - 2008

Italie

Plaine du Po et Dolomites

Il fait beau et chaud en cette fin de moi d'août. Je m'imagine déjà aux confins de l'Europe, dans les légendes des Carpates roumaines. Je ne suis alors qu'en France, à quelques 4000 kilomètres de là, franchissant les premières difficultés – le col de Larche – avant de rejoindre progressivement l'Italie et la longue et monotone plaine du Pô. Je dévie ma route par les monts d'Alba, ces collines verdoyantes recouvertes de noisetiers découpées par de petites routes au fortes pentes.

Retour dans la plaine, sous une lourde chaleur. J'atteins rapidement Alessandria et pense planter ma tente sur le stade de foot de la petite ville de Casalpusterlengo. « Pasta a la Calabrese ! » On me tend un plat de pâtes à la Bolognèse.
Edmondo habite avec son épouse dans une maisonnette au bord du stade. Ces calabrais me proposent de dormir chez eux l'espace d'une nuit.

Les villes se succèdent. Je bifurque et me dirige vers le Nord, vers les Alpes et les Dolomites. Sur une route pittoresque à flanc de montagne et encombrée par un flot constant de voitures et de touristes, je longe l'imposant lac de Garde et ses eaux azur.
Les premières montagnes sont à portée de vue. Je compte bien faire l'ascension la plus dure d'Europe: le Scanuppia. Cette montée de 7km à près de 17,5% de moyenne (dont un passage à 45%!) n'est en fait pas une route, mais une sorte de piste bétonnée bien trop raide pour mes 45 kilos de bagages. Demi-tour et direction les Dolomites.
Les 20 kilomètres d'ascension du passo Rolle laissent entrevoir pour la première fois ces magnifiques pitons minéraux qui caractérisent tant la beauté des Dolomites. Une piste caillouteuse me rapproche davantage de ces majestueux sommets. Se succèdent alors le passo Valles, le passo San Pellegrino, puis sous les cimes verticales et impressionnantes le somptueux enchaînement passo Sella – passo Val Gardena – passo Valparola. Je change mon porte-bagages fendu à Cortina d'Ampezzo, petite ville située au coeur des montagnes et au pied des Tre Cima de Lavaredo.
La montée est longue et irrégulière. Au terme des 4 dernières kilomètres d'ascension à plus de 13%, j'atteins le sommet, adossé aux flancs de 3 cimes minérales. Des camping-caristes bavarois m'invitent à prendre le thé. Entre deux nuages, le panorama est exceptionnel.

Zoncolan. Un nom détonnant à consonance sibylline détonnant. Cette montée, rendue célèbre par le Tour d'Italie, est l'une des plus difficiles d'Europe. Ses 10km à plus de 12,5% de moyenne en font un épouvantail, un obstacle aussi infranchissable qu'inutile pour rejoindre la frontière slovène (puisque d'autres routes le contournent). Les passages à plus de 15,5% sur 5km me font souffrir, et c'est au bout de près de 4h d'ascension que j'arrive enfin au sommet. J'attends Pierre – un ami de longue date – et Anaïs, avec lesquels j'avais prévu de camper. Eux se dirigent en voiture vers Venise. Moi, je poursuis vers la Slovénie, vers l'Europe centrale.

Slovénie - Autriche - Hongrie

Retour dans la plaine

Sur une petite route, un ultime col fait le pont avec la frontière slovène. La vallée est dégagée. La route se fraie un chemin de plus en plus étroit entre les montagnes du Triglav. La frontière autrichienne se rapproche déjà.
Je quitte ces sommets minéraux pour des montagnes verdoyantes alternant vastes forêts de conifères et larges prairies. Les villes se succèdent : Villach ou encore Klagenfurt. L'Autriche est propre, la conduite est saine. Les montagnes s'éloignent et la plaine hongroise s'étend déjà au bout de l'horizon.

De l'autre côté d'une frontière imaginaire (pas de contrôle), l'ambiance change. Sur les longues et larges lignes droites d'une plaine plus sauvage affluent encore tracteurs d'un autre temps ainsi que quelques plus rares charrettes, derniers vestiges de la période communiste. Dans une plaine monotone, je rejoins le lac Balaton puis les rives du Danubes.
« Ez az ut vezet (le nom de la ville)? ». Un homme m'indique une direction. Il s'agit là de la seule expression de Hongrois, langue décidément bien à part, que j'ai retenu jusqu'alors.
La chaleur est lourde et écrasante sur les longues 2x2 voies. Au rythme de 170 kilomètres par jour, j'atteins 4 jours la frontière roumaine, l'objectif final de mon voyage. Je touche au but. Les Carpates sont à portée de roue.

Roumanie

Les portes des Carpates

Premiers vallons, premiers virages, et voici les premières églises orthodoxes, assez récentes, mais magnifiques. Après près de 50 kilomètres, je traverse les Maramures, une province aux accents très bucoliques. Ici, comme souvent en Roumanie, affluent les charrettes tirées par un ou deux chevaux, qui ramènent le foin des champs dans lesquels affairent les nombreux paysans. Les gens me saluent et me gratifient d'un sourire, de quelques encouragements.
Je demande à un villageois où je pourrai trouver un camping pour y passer la nuit. Juan m'invite chez lui. Il partage une maison avec son cousin germain, Mihai, qui a travaillé 3 ans en France. Sous le flot de bière et les quelques verres de palinka (eau de vie à la prune), ce passionné de chasse m'explique qu'il va bientôt se rendre en France pour assister au mariage de son fils.

Après le passage d'un col, je longe l'espace de quelques kilomètres la frontière ukrainienne. Qu'elle m'apparaît mystérieuse, par delà cette rivière si paisible et entre ces montagnes arrondies et ses vastes forêts d'un vert sombre.
De par ses tombes peintes et ses gravures représentant le métier ou les grands actes qu'ont exercés les défunts, le cimetière de Sapanta porte bien son nom de cimetière des Joyeux. Ces tombes reprennent d'anciennes coutumes Daces (qui sont aux Roumains ce que les Gaulois sont aux Français) qui était de célébrer le décès par la joie le décès.
Les villages aux portails de bois typiques des Maramures se succèdent. A chacun d'eux, entre les bottes de foin fraîchement amassées qui atteignent parfois plus de 2 mètres de haut, enfants et adultes me saluent d'un signe de main accompagné d'un sourire. Ici, la vie semble arrêtée depuis plus d'un siècle. Je me dirige vers le monastère de Barsana, l'un des emblèmes de la région. Ses clochers de bois se dressent tels des pics acérés au milieu d'une vallée boisée. Moment d'apaisement. Dans la fontaine où l'eau coule goutte à goutte, je jette une pièce. Je ne suis pas orthodoxe, mais la beauté des lieux m'inspire.
La nuit tombe et l'orage gronde. Je sors m'abriter et vais voir dans la maison éclairée la plus proche. Mihai me conduit dans la caserne de pompiers. Cette nuit, je dormirai à l'abri.

Les paysages du Nord des Carpates alternent ruisseaux, forêts de sapins et prairies bucoliques dans une ambiance aussi sauvage que dépaysante. Les routes en Roumanie en ce début de XXI° siècle conservent encore l'héritage des décennies passées. Leur revêtement est aussi bosselé que saccadé, et la progression est usante et difficile. Je ne rallierai donc pas les fameux monastères de Moldavie (Sucevita, Moldovitsa).
Au terme d'un dernier col, j'arrive progressivement en Transylvanie. A partir du XI° siècle, cette région est restée hongroise avant qu'elle n'entre sous le girons des deux principales puissances de la région : les Ottomans d'abord, les Autrichiens ensuite La Transsylvanie n'est redevenue roumaine que par le Traité de Trianon de 1920 qui a divisé l'empire autrichien et fait toujours l'objet de tension et de convoitises avec la Hongrie voisine.

Sighisoara. Le coeur de la Transylvanie, et le symbole de l'héritage Saxon de la région, accueillis par le roi de Hongrie dans le courant du XIII° siècle. Son beffroi témoigne de l'importance qu'ont joué les artisans et les commerçants de la ville. Le soleil commence à faire son apparition. Je choisis d'emprunter des routes peu fréquentées. Dans chaque village figure une église fortifiée saxone. Elle avait pour but de protéger les villageois des Ottomans.
Face à ma tente, s'élève au petit matin la chaîne imposante des Fagaras. Au sud des Carpates elle concentre à elle seule l'ensemble des plus hauts sommets de Roumanie. Une route construite par Ceaucescu la traverse. Au terme de 50 kilomètres de montée dans laquelle les lacets taillent la route et offrent un panorama impressionnant, le pasul Balea se situe plus de 2000m d'altitude. Je rencontre un couple de roumains, Costin et Victoria, qui parle le français et m'explique qu'elle travaille à Bouygues Construction, à Bucarest. Ils m'inviteront à Bucarest, à la fin de mon voyage. Puis Stefan, accompagné par son frère, sa femme et sa fille m'invitent à manger au restaurant bordant un petit lac d'altitude.

Une église fortifiée dans un village de Transsylvanie

Début de la descente. J'ai une dizaine de jours d'avance et je compte faire un court détour par la Serbie et la Bulgarie. Devant moi, un cycliste polonais fait route vers le Kosovo et la Croatie. Ensemble, nous poursuivons notre chemin jusqu'à la frontière Serbe, de l'autre côté du « Portile de Fer ».

Serbie Bulgarie

10 jours sous la pluie

Le ciel est chargé en nuages et pour la première fois de mon voyage, les averses sont fréquentes. Je quitte les rives du Danubes qui coule ici dans d'étroites gorges. La pluie persiste et le froid s'accentue. Durant 3 jours, je traverse une petite partie de la Serbie sans que je puisse en apprécier la saveur. Je me précipite vers la Bulgarie, en espérant y retrouver un peu de beau temps.
Peine perdue. Le mauvais temps se poursuivra durant toute la semaine suivante. Chaque jour, je me réveillerai sous un ciel désespérément nuageux, pluvieux et froid.

J'atteins Sofia, la capitale bulgare et ses avenues aussi tristes que rectilignes avant de bifurquer sur une petite route de montagne menant à Samokov puis dans le massif du Rila. Je souhaite rejoindre le lac de Beli Iskar. Je contourne une barrière indiquant que la route est fermée. Une piste caillouteuse s'élève sur plusieurs kilomètres. Deux policiers m'arrêtent. L'un d'eux, un moustachu cigarette en bouche me fait signe que la route est fermée aux véhicules et qu'il me faudra faire demi tour. Je demande pourquoi. L'autre, plus jeune, hausse les épaules. Je fais mine de vouloir faire demi-tour, pensant emprunter un chemin de traverse.
Mais les gardiens m'aperçoivent à nouveau. Le policier moustachu, en furie, surgit avec des menottes. Je ne suis pas apeuré et je tends mes mains. Il me regarde, surpris. Puis rentre et ressort avec un long couteau de chasse. Trois autres policiers arrivent et me demandent mon passeport alors que je cherche une excuse convaincante.
Je me résigne à devoir faire demi-tour pour de bon. Lorsque j'arrive à la barrière, 7km plus bas, deux policiers sortent et me demandent à nouveau mon passeport. Ils tardent à me le rendre et me font attendre dehors malgré le froid. Au bout de quelques minutes, j'entre dans ce baraquement pour me réchauffer un peu. Ils reviennent avec une décharge en cyrillique sans que j'en connaisse la teneur.

Je retourne dans la plaine et ses longues lignes droites avant de bifurquer à nouveau au Nord peu avant Plovdiv. Le vent souffle de face. Au coeur de la Thrace et au pied des montagnes se dresse dans une symphonie de couleurs vives le monastère de Shipka. Le monastère a été édifié au début du XX° siècle en l'honneur des soldats russes, ukrainiens, et bulgares morts pour l'indépendance de la Bulgarie.
Le Shipka pass, situé à plus de 1400 mètres d'altitude est l'ultime col de ce voyage. Le beau temps et la chaleur sont de retour. Dans un trafic dense, j'atteins Veliko Tarnovo, ville surmontée par une imposante forteresse qui abritait jadis l'ancienne capitale bulgare de Tsarevets.
Les nombreux touristes m'observent, surpris de voir un cycliste français en parcourant le site sur son vélo chargé par le poids des bagages.
La Roumanie n'est plus très loin désormais. Après un court détour vers le monastère troglodyte d'Ivanovo dont les murs peints m'offrent un aperçu des splendeurs de la civilisation bulgaro-byzantine du XIII° siècle.

Je franchis le Danube pour la troisième fois. Je suis à nouveau en Roumanie, invité pendant deux jours à Bucarest par Costin et Victoria, que j'avais rencontré dans les Transfagaransan. Je suis prêt à rentrer à Milan en avion, avant de rouler de nuit sur les 260 derniers kilomètres menant à Briançon via le col du Montgenèvre. Dans deux jours, je reprendrai le cours de mes études. En attendant, cette nuit, je dormirai durant 14h, baigné dans les rêves de mes futurs voyages...

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