Moyen-orient
Trésors et secrets d'Orient
Avril 2011
Nemrut Dagi - Erbil - Ispahan - Yazd

Introduction

« The best people in the world! » Les propos de tous les voyageurs ayant traversé l'Iran à vélo ne tarissent pas d'éloges envers ce peuple trop souvent méprisé et craint par l'Occident. Aussi, l'Iran constituait depuis quelques temps déjà un objectif pour moi afin d'assouvir mon inébranlable curiosité. Ce pays à l'accueil et à la culture unique et fascinante, restera parmi mes meilleurs souvenirs.
De l'immanquable Nemrut Dag à Yazd, ancien carrefour de la route de la Soie, ce voyage est l'occasion de côtoyer les Kurdes, de Turquie, d'Iran et d'Irak, là où l’État se mêle au concept de nation : celui du Kurdistan autonome.

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Trésors et secrets d'Orient
Turquie/Irak/Iran - 2011

Turquie (sud-est)

Il y a du çok güzel chez les Kurdes.

Après plus de 18h de bus pour à peine 50 TL (22 euros avec le change !), j'arrive à Kahta, ville de 60 000 habitants située à plus d'une cinquantaine de kilomètres du Nemrut Dagi .
J'avais longuement étudié la météo afin de partir au moment opportun d'Istanbul. A peine deux jours plus tôt, les pluies ont causées des inondations dans la région, et se sont transformées en épaisses couches de neige dans les montagnes du sud-est de l'Anatolie.

Dans les villages kurdes, le temps semble figé, tant par un artisanat local encore vivant que par des hommes jouant au backgammon et sirotant le thé, dont j'accepte déjà les premières invitations.

J'arrive rapidement au pied de ce fameux Nemrut Dagi, tumulus situé à plus de 2200 m d'altitude abritant le tombeau inviolé de l'empereur mégalomane Commagène du I° siècle avant J-C, et surtout de ses formidables statues dont et têtes sculptées faisant face au levant et au couchant: les deux faces du monde. La montée est longue et surtout très raide, mais je parviens au sommet peu avant le coucher du soleil. Les températures sont glaciales. 15 minutes de marche permettent d'accéder au pied des statues dont il ne reste que les têtes. La neige recouvre le tumulus. Le panorama est splendide et le coucher du soleil reste inoubliable. Le Nemrut Dagi est tout simplement le plus beau site que j'ai visité jusqu'à présent en Turquie.

Je quitte la montagne pour une plaine vallonnée, entrecoupée par une interlude en bateau sur le lac artificiel du barrage d'Atatürk. Dans les steppes monotones encore verdoyantes paissent les troupeaux tenus gardés par des chiens envieux de mes mollets. Elles laissent place aux champs et à l'agriculture de la haute plaine de l'ancienne Mésopotamie. Le soir, je trouve souvent refuge dans une station-service.
La route s'élargit et laisse place à une 2 x 2 voies au macadam tout neuf. Poussé par le vent et tiré parfois par quelques camions auxquels je parviens à m'accrocher, j'arrive en quelques jours à Silopi, à quelques kilomètres de la frontière irakienne. L'ambiance y est différente. La nuit, des enfants n'hésitent pas à me lancer de grosses pierres. Ambiance étrange ici, où les garages se succèdent à des rangées de camions plus ou moins abandonnés.

Irak (Kurdistan)

Kurdistan tout court

La file de trois kilomètres de camions se passe rapidement, et le passeport est tamponné sans question. Sur le pont reliant les deux pays, j'aperçois le drapeau kurde flottant aux côtés du drapeau irakien. Le Kurdistan, n'en déplaise aux Turcs, est une région autonome de l'Irak qui ne connaît pas les mêmes problèmes : propre police, armée, douane, président, parlement. Et donc propre tampon, apposé non sans un verre de thé dans ce bâtiment moderne.

Après avoir obtenu quelques dinars irakiens, je me dirige vers Duhok sur une route encombrée par le trafic.
Une voiture s'arrête : Abdul Majed me propose de le suivre m'invite à manger, avant finalement de m'accueillir chez lui. Ce chef d'entreprise fortuné est également un conseiller du gouverneur de la province. Ce haut dignitaire me fait visiter la ville aux couleurs d'innombrables drapeaux kurdes : le drapeau irakien de la frontière n'était qu'une simple formalité. Outre l'expression d'un nationalisme exacerbé, le Kurdistan cherche à se détacher complètement de l'Irak. Le Kurdistan est indépendant de fait. Les habitants sont souvent pleins d'espoirs quant à leur avenir. Après les atrocités des années Hussein (massacres de Kurdes, gazés, ou encore dans le cas de Duhok, morts noyés dans la boue après la construction du barrage), les populations ont bien accueilli l'intervention américaine de 2003.
Comme beaucoup, Abdul Majed ne comprend pas pourquoi je voyage à vélo, et encore moins vers l'Iran : « Le Kurdistan, c'est très sûr. Alors qu'en Iran, tu auras des problèmes. Reste au Kurdistan, et retourne en Turquie ». Pour lui, je devrais voyager en moto : « c'est moins dur ». Dans quelque pays où je sois, je dois faire face aux mêmes réactions : le Kurdistan n'échappe pas à la règle.

Le lendemain, il se rend à Erbil en voiture, afin d'y rencontrer un ministre ainsi que l'une de ses amantes, une Barzani (membre de la famille présidentielle).
Inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO, la vieille ville est peu à peu reconstruite. Je circule entre les ruines de la citadelle sous le regard étonné des passants et des restaurateurs. Ici, les archéologues ont découvert des traces de peuplement datant d'environ - 5000 avant J.C. 

J'avance progressivement vers la frontière iranienne, par delà une chaîne de montagnes plus verdoyantes entre gorges, rivières et cascades, mais embrumés par un horizon de poussière et de sable du désert de l'Irak.

Les cheksposts sont fréquents. Mais le contrôle du passeport n'est pas une nécessité à chacun d'entre eux. Dernière montée de 15 km avant le poste frontière, au sommet du col de Hadj Omaran. Le douanier iranien ne parvient pas à activer la puce de mon passeport. Et pour cause : sur mon visa iranien fait à Trabzon en moins de 5 heures, mon nom est transcrit en farsi sous « Manuel Malt ». Je créé une longue file d'attente. Un gamin joue avec un jouet mitraillette et a eu le temps de me tuer une vingtaine de fois. Les gens s'impatientent. Mais je ne suis pas très inquiet : les douaniers ne sont pas malveillant. Après 2 heures de vaines tentatives, mon passeport est enfin tamponné.

Iran (Kurdistan-Ispahan-Yazd)

Un millionnaire sous la pluie

Avec l'embargo économique, le Rial s'effondre. Et mes 60 euros valent près d'un million. Être millionnaire ne protège pas de la pluie, qui tombe dans discontinuer durant près d'une semaine, pas plus que du vent de face qui ralentit ma progression.
Dans cet Iran kurde, on m'invite fréquemment à dormir. Les sourires, les nombreux signes de bienveillance et de bienvenue sont pour moi des encouragements à poursuivre mon chemin dans ce pays aux paysages souvent monotones.
Les passages à plus de 2000m sont routiniers. La pluie réveille une tendinite aux genoux droit qui me fera souffrir jusqu'à la fin de mon voyage.
Un commerçant me fait signe. Frigorifié et trempé jusqu'aux os, je m’octroie une longue pause. Je passe donc toute l'après midi dans ce petit commerce, avant d'être invité à dormir par le patron, Saheb, dans sa petite maison. L'accueil simple et honnête de Saheb me touche beaucoup.

« Hé ! Aymeric ! ». Le lendemain, Saheb m'attend quelques kilomètres plus loin devant un commerce. Il a trouvé la carte routière que je cherchais désespérément depuis plusieurs mois.Je suis entouré donc de kurdes iraniens le sourire aux lèvres, me regardant avec la plus grande bienveillance, déjà en train de me poser des questions sur mon voyage. Mon attention se concentre sur Saheb qui m'a si bien accueilli. Après la traditionnelle bise iranienne, je poursuis mon chemin vers Ispahan.
Dehgolan est la dernière ville kurde que je traverserai. Là encore, j'y serai invité. De la Turquie à l'Iran, les Kurdes, fortunés ou non, ont tous montré un grand sens de l'hospitalité. Impossible de m'arrêter sans rencontrer la curiosité et l'hospitalité des habitants. « D'où viens-tu ? Puis-je t'être utile ? Veux-tu manger chez moi ? ». Si les Kurdes perçoivent l'avenir avec un peu d'espoir en Irak, leur sort demeure plus incertain en Turquie, en Iran et en Syrie.

Entre pluie et espoirs

Je me dirige donc vers Ispahan par une route plus désertique. Je demande de l'eau dans une ancienne exploitation minière située au coeur du désert. Sur un mur, un portrait de l'Imam Khomeini jouxte celui du Christ. « Khomeini khub » (bien), « Isa khub ! » dit l'employé, qui tout en fumant de la morphine (opium?) me montre les photos et vidéos pornographiques de son téléphone portable précédant une nouvelle photo de l'Imam.

Une fourgonnette s'arrête et son chauffeur me prend en stop jusqu'à Khomein, 10 km plus loin. « Je te dépose devant sa maison ? ». « Sa » maison ? La maison de Qui ? Il me dépose à l'entrée du mausolée de Khomeini, grande maison familiale aujourd'hui vidée et visitée par une foule de de collégiennes iraniennes curieuses et ravies de pratiquer leur anglais : « Mister, where are you from ? Mister, what is your name ? Mister, how old are you? ».

Déserts et joyaux persans

Premier jour de beau temps. Alors que je file tout droit sur la large 2x2 voies sur Ispahan, je décide de faire un détour sur des pistes reculées vers Abyaneh. A plusieurs reprises je dois demander mon chemin afin de trouver la bonne piste.
La route en faux plat montant traverse des villages traditionnels ou abandonnés et devient de plus en plus gravillonneuse avant de se transformer en piste dans le village splendide de Mahavand. Des maisons traditionnelles en terre cuite et en torchis, des villageois surpris et accueillants, aucun touriste. L'étroite piste parfois caillouteuse mais très souvent roulante s'élève maintenant vers un col à plus de 2800m. J'ai toujours un fort vent de dos, et je n'ai pas trop de difficultés à monter au sommet. Le décor montagneux et aride est très dépaysant. Au terme d'une quinzaine de kilomètres de descente, j'atteins Abyaneh, village traditionnel aux allures de carte postale. Les bus de touristes iraniens ou étrangers envahissent les lieux. Les maisons de torchis rouge de ce village entouré par les montagnes offrent un contraste détonnant de couleurs. A mes côtés, un groupe de magnifiques iraniennes m'observe irrésistiblement.

Je retrouve la plaine et rejoins rapidement Natanz, ville historique à la mosquée magnifique et colorée et ses maisons traditionnelles.

Plus que quelques longs kilomètres monotones avant d'atteindre Ispahan. Parmi les longues avenues vertes et les fontaines, la ville fait figure de véritable oasis au milieu du désert. Premier coup d'oeil sur la place Meidan Imam, la place centrale de la capitale de l'Empire perse du Shah Abbas au début du XVIIe siècle, qui voulut faire de la capitale un centre culturel qui éblouira les voyageurs occidentaux. Aujourd'hui, elle est le joyaux d'une ville rayonnante dans laquelle je ne m'attarderai pourtant pas.

Les longues lignes droites de la route rejoignant Yazd sont monotones et sont l'occasion de s'accrocher à plusieurs camions. Tudeshk se situe au pied d'un col à près de 2300 m d'altitude. Mohammed, tient une Guest House, et me fait visiter son village traditionnel. Il m'explique le cheminement de l'eau, puisée des montagnes environnantes jusqu'aux bagdir, les tours à vent. « Trouver de l'eau dans le désert, c'est comme trouver de l'or ». Le vent sec s'engouffre dans de hautes tours, vaporisant et refroidissant une partie de l'eau stockée plusieurs mètres sous terre. L'eau qui n'est pas bue est utilisée dans les douches communes, puis s'écoule pour le lavage des vêtements, avant d'irriguer les cultures.

Nouveau détour. A quelques kilomètres de Yazd, je compte me diriger par une petite route vers Kharanaqh. Le long faux plat montant de plus de 30 km emprunte une petite partie du désert de Dasht-e-Lut. Kharanaq est un village en partie abandonné. Toutefois, ses maisons traditionnelles surplombent majestueusement une petite vallée aux cultures irriguées et entourées de montagnes. Je planterai ma tente dans l'une de ses ruelles.

Ville du désert au coeur de l'ancienne route de la soie, Yazd est à l'Iran ce que Samarkande ou Boukhara sont à l'Ouzbékistan. Un nombre incalculable de tours à vent surmontent, aèrent et climatisent cette ville si atypique.
Plusieurs jours durant, j’arpenterai les ruelles-labyrinthe de la ville aux maisons en torchis et aux mosquées sublimes seul ou en compagnie d'autres voyageurs qui, comme moi, sont éblouis par la magie de l'Iran.
Il me faut pourtant bien partir un jour. Poursuivre dans le désert ne m'intéresse pas. Je décide donc de prendre un bus pour Tabriz, dans le nord du pays. J'hésite à poursuivre en Arménie. La météo, redevenue pluvieuse, m'en dissuade. Je rentrerai en Turquie en deux nouvelles journées de bus pour longer la mer Egée.

L'Iran est resté pour moi un pays Janus. A sa tête, un régime autoritaire limitant les droits des populations et imposant de plus en plus de restrictions : la peine de mort est appliquée pour peu, et les lapidations sont encore pratiquées pour adultère. Son âme reflète quant à lui l'héritage d'une culture millénaire : ce pays conserve encore une culture, une ouverture d'esprit et un accueil sans pareil. Ces deux visages cohabitent tant bien que mal dans ce pays qui me fascine toujours autant. L'Iran est un grand pays qui se relèvera de ses malheurs.

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