Afrique
Etrennes du Nil
Janvier 2019
Louxor - Assouan - Méroë - Khartoum - Gondar - Lalibela - Tigré

Introduction

L'Humanité doit tant au Nil. En traversant le plus grand des déserts, le fleuve a accouché de l'une des plus prodigieuses civilisations de l'Antiquité et continue de nourrir les millions d'êtres humains qui vivent sur ses rives. L'Egypte et ses temples éternels offre probablement le plus beau symbole de ce don que l'on pense immortel. Au point dépendre de ses eaux, de dompter ses caprices.
De l'autre côté du lac Nasser, c'est tout un peuple qui m'accueille et m'ouvre ses portes comme peu d'autres l'ont fait jusqu'alors. En plein désert, le Soudan dévoile aux rares visiteurs l'étendue de ses joyaux oubliés : une civilisation ancienne et prestigieuse, celle des pharaons nubiens, a laissé place à un peuple profondément hostpitalier. A la croisée de l'Orient et de l'Afrique, le Soudan m'a touché comme rarement.
Puis, le Nil se sépare. Et je bifurque de l'autre côté du Sahara, aux confins du Nil Bleu, jusqu'au cœur de l'ancien royaume d'Abyssinie, ses montagnes verdoyantes, ses cités religieuses et ses églises perchées dans les falaises du Tigré.
En ce mois de janvier, voyage dans les étrennes du Nil.

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Etrennes du Nil
De Louxor à l'Ethiopie - 2019

Egypte (Louxor,Nubie)

Welcom to Egypt!

Je suis à deux pas du Soudan, assis calmement depuis plus de trois heures dans le bureau des officiers des douanes égyptiennes. Sourires crispés : j'essaye de me les mettre un à un dans la poche afin qu'ils me laissent repartir avec mon « jouet ». Et, accessoirement, pour éviter la prison. Un peu d'humour, beaucoup de thé. « Ils ne t'ont rien dit à Hurghada ? »
Mes bagages ont été fouillés de fond en comble. Cette fois, mon drone n'y a pas échappé et – interdit en Égypte – fait l'objet d'une attention particulière.

Trois jours plus tôt.
Au loin, les lumières de villes tentaculaires constellent le delta du Nil. Alexandrie, le Caire ; puis c'est le désert, infini, que la nuit calme et étoilée recouvre silencieusement. L'avion atteint enfin les rives de la mer Rouge avant de se poser sur la piste de l'aéroport vide de Hurghada.

Le temps de déballer, puis de remonter mon vélo et je suis le dernier à sortir de l'aéroport, bien après tous les autres voyageurs. Il est près de trois heures du matin. Les quelques douaniers me fixent d'un regard amusé. L'un d'eux essaye mon vélo. Peut-être est-ce l'occasion de faire passer mon drone en toute discrétion.
Je n'échappe pourtant pas à la fouille. Un, puis deux, puis trois bagages sont minutieusement inspectés : les douaniers sortent chaque pièce, chacun de mes outils. Il reste l'ultime sacoche : celle de mes caméras et de mon drone. Je tente le tout pour le tout : je sors pêle-mêle mon attirail : « Cameras, cameras ! ». Je tends au douanier la boîte contenant mon drone tout en montrant mes objectifs, mes chargeurs. Par miracle, il ne l'ouvre pas : « OK, you can go ! ». S'il l'avait ouverte, mon drone aurait été confisqué. Et je quitte l'aéroport avant les premières lueurs de l'aube avec un immense sentiment de soulagement.

Ni belle, ni légendaire, ni historique, Hurghada semble n'offrir à ses visiteurs que ses plages et les fonds marins de la mer Rouge. Pour moi, elle ne constitue qu'une simple escale, une cité balnéaire moderne, branchée et finalement quelconque. Une ville qui attire autant de touristes venu s'y abandonner qu'elle me repousse aussitôt. Un bus traverse à nouveau le désert et m'emmène jusqu'au véritable point de départ de mon voyage : Louxor.

En sillonnant le dédale de rues animées qui s'entremêlent dans un brouhaha d'échoppes et de véhicules, rien ne laisse présager que cette petite ville provinciale fut jadis l'une des capitales parmi les plus prestigieuses du monde antique. Puis, en suivant le Nil, les immenses colonnes du temple de Karnak se dévoilent et rappellent subitement son passé fabuleux à celui qui l'aurait oublié. Celui d'une ville plus de cinq fois millénaire posée sur les berges du Nil.

Par delà le grand fleuve se dressent des montagnes. Au bout d'une étroite vallée désertique, c'est au creux de l'une d'elles que la plupart des pharaons ont embelli chacun à leur tour ce qui constitue aujourd'hui l'une des plus célèbres nécropoles du monde.
La Vallée des Rois abrite des tombeaux qui rivalisent d'élégance. Dans un enthousiasme impassible et silencieux, je m'enfonce plusieurs dizaines de mètres dans la roche le long d'immenses corridors tapissés de hiéroglyphes qui racontent l'ultime voyage des souverains.
Certaines tombes paraissent oubliées de la foule de visiteurs. Je parcours pratiquement seul l'hypogée qui mène au sarcophage de Ramsès VI, protégé par un plafond d'impressionnantes fresques aux couleurs bleues profondes. Et je reste là, à contempler plusieurs minutes dans un enchantement égoïste cette incroyable voûte céleste qui contraste avec les tons dorés et chatoyants des hiéroglyphes recouvrant les murs.

Retour dans la campagne louxorienne. En cette fin de mois de décembre, la nuit tombe vite. Un vieil homme m'interpelle : « Où vas-tu ? Viens dormir chez moi ! ». Et j'accompagne Abdullah dans sa modeste ferme familiale : je suis invité pour la nuit.

La route longe le Nil. A mon passage, le cris des enfants, parfois mêlé à celui des adultes, tranche avec la douceur des nombreux « Welcom to Egypt ! ». L'accueil est souvent chaleureux quoique parfois un brin forcé. L’Égypte s'est engagée récemment dans une quête rédemptrice de touristes, qui constituaient une source de revenu importante jusqu'à la Révolution de 2011. Un renouveau touristique appelé unanimement et dont on se persuade que les dividendes retomberont immanquablement sur toute l'économie locale.

Des villages accolés aux pentes arides des collines se succèdent dans la poussière. Parfois, la proximité du Nil et l'abondance des cultures qu'il irrigue m'offre des scènes de vie colorées. Ici et là, des moissonneurs s’affairent dans les champs de blés. Autant de parcelles quadrillent le paysage et séparées par des rangées de palmiers d’un vert intense.

J'esquive une première escorte policière – si fréquentes en Égypte – au gré d'un déjeuner et gagne rapidement Assouan. La route rectiligne s'éloigne du Nil, traverse un désert monotone, et rallie Abu Simbel.
Une petite ville gravite autour de deux temples dont les frontispices se tournent vers les eaux paisibles du lac Nasser et cisèlent finement une colline de gré.
Chaque matin, les rayons du soleil illuminent la façade du temple de Ramsès II et réveillent les 4 statues colossales qui gardent l'entrée et veillent fièrement sur le Nil depuis plus de trois mille ans. L’œuvre d'un mégalomane, d'un pharaon affiliant le culte des Dieux à celui de sa personne et asseyant ainsi sa gloire éternelle qu'il partage néanmoins avec son épouse préférée, Néfertari, dont le temple jouxte le sien.
Abu Simbel pourrait être la huitième Merveille du monde antique, une Petra d’Égypte, sauvée in-extremis des eaux.
Dans les années 1960, le président Nasser décidait de la construction d’un barrage près d’Assouan. Maîtriser les caprices du fleuve pour les besoins de l'agriculture valait bien le sacrifice de plusieurs millénaires d'Histoire. L'UNESCO entame alors le découpage du site avant de le reconstruire à l'abri, plus en hauteur, en quatre années de travaux titanesques.

Un ferry enjambe le lac. Sur l'autre rive, la route file dans un désert sauvage et coloré. Seul au milieu de nulle part, je navigue entre les touches noires des reliefs qui découpent un paysage jaune-orangé avant de se fonde dans l'horizon ocre du coucher du soleil.
Ce soir, j'atteins la frontière qui n'ouvre que quelques heures par jour. Les douaniers m'invitent à passer la nuit dans la cafétéria qui jouxte le bureau de l'immigration.
Mon drone est précieusement conservé dans leur bureau pour la nuit. La délivrance ne viendra que le lendemain : après 16 heures passées dans le poste-frontière égyptien, je repars avec mon drone avant de patienter à nouveau dans le no man's land menant au Soudan. Des routiers hèlent pour qu'un douanier m'ouvre prioritairement la porte. La frontière est encore fermée pour une heure. Mais je suis déjà entré au Soudan.

A SUIVRE...
Voyage précédent: "Une fenêtre sur l'Everest"

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